Lucey est un village-rue typique de la Lorraine, la grande rue mesure plus de 800 m de long. A partir de l’église édifiée en 1752 en haut du village, les maisons se sont construites en descendant et en s’appuyant sur les murs des voisins et sont ainsi accolées. Les matériaux de construction sont locaux : pierre, bois et tuiles. Les «usoirs», voire « parges» (trottoirs actuels) accueillaient, dans le temps, tas de fumiers, poules, tas de bois et autres chariots. Au milieu, la chaussée était en terre battue et pierres. Cette grande rue a doublé la «Chvérue», l’ancienne rue principale suite au développement du village. Plus qu’ailleurs, on voit au niveau des petites rues perpendiculaires, de nombreux pignons montrant encore des «boutisses», ces pierres de jonction qui rigidifiaient les murs à double parois.

L’appartenance de la plupart des vignes au Chapitre de l’évêché de Toul, avant la révolution, explique la quasi-absence de caves voûtées sous les maisons des vignerons. La vinification, en effet, se faisait dans les caves du palais épiscopal.

L’écurie et les différentes activités agricoles

En passant par la porte «charretière», l’accès est direct à l’écurie (écurie-étable) où un cheval côtoyait 2 à 3 vaches. La poly – culture prend ici tout son sens avec les activités agricoles pratiquées en raison de la nécessité de vivre en autarcie, de se nourrir et de nourrir les animaux : culture de légumes, fruits, céréales, betteraves, récoltes de foin et de paille. Les vaches donnaient le lait à transformer, le cheval sa force pour tirer les matériels exposés (charrues, herses…), le cochon, élevé à côté, donnait sa bonne viande ainsi que les poules et autres lapins. Ici, le guide racontera, peut-être, l’histoire du troupeau  communal de vaches… et vous décrira quelques outils spécifiques.

Souvent les maisons de vigneron sont étroites et profondes, c’est le cas ici avec une profondeur de 45 m – il en existe même une à Lucey de 90 m.

La loge et l’histoire de la vigne et du vin, la tonnellerie

La «loge» est dans le prolongement de l’écurie. C’est le «temple», le cœur de la maison, l’espace dédié au raisin et au vin.

La futaille côtoie les pressoirs, les cuvelles, les outils de tonnellerie (René, un enfant de la maison, y fabriquait les tonneaux familiaux). On voit même un pressoir adapté à la taille des enfants et utilisé pendant les vendanges pédagogiques, chaque année.

C’est là que l’histoire de la vigne est racontée : son origine, ses cépages, sa culture. Historiquement, la vigne se plantait en «foule» (en quinconce avec 4 à 5 pieds au m2, sans fil) avec une taille en buisson et l’on ne pouvait qu’y travailler à la main. A partir de 1920, les premières rangées apparaissent, puis les fils pour de meilleurs rendements et l’utilisation de matériels tirés par les chevaux, le progrès arrivait…

Les surfaces de vignes ont été considérables jusqu’au début du XX° siècle, 45 000 ha en Lorraine vers 1860, 210 ha aujourd’hui, 3 000 ha dans le Toulois, 110 maintenant…

Pourquoi ce déclin ? Après l’oïdium, le mildiou, il y eût le terrible phylloxéra qui ravageât bien des vignes. Signalé en 1892 dans nos coteaux, il sévissait depuis 1852 à partir du Sud-ouest et l’on pût replanter avec des cépages hybrides généreux en quantité mais faibles en qualité, avant d’utiliser des porte-greffes américains. Il y eût surproduction, de fortes gelées certaines années et une grande concurrence des vins du sud – plus goûteux – que le développement du chemin de fer après 1870 favorisa. Heureusement, nos vignerons bénéficièrent, encore un temps, de la présence des militaires de la place forte de Toul (17 000 avant 1914) mais la guerre de 14-18 fit tomber bien des hommes, il manquât des bras pour cultiver cette vigne si exigeante en main d’œuvre.

Exigeante la vigne, certes, mais pas toujours très rémunératrice et quand l’industrie demanda des ouvriers, nombre de vignerons y virent leur intérêt ; à Foug, par exemple avec la sidérurgie et la fabrication de carrelages. La Champagne était un gros client de nos vignobles, mais, après les lois de 1908 et 1911, elle se replia sur son territoire et cessa de s’approvisionner en raisin lorrain.

Tous ces facteurs entraînèrent le déclin du vignoble.

Progressivement, les vignes furent abandonnées ou remplacées par des vergers, quelques vignerons résistèrent néanmoins.

Après l’obtention du label VDQS en 1951, à force d’efforts et de persévérance, ils obtinrent l’AOC en 1998 pour le «gris de Toul», le «pinot noir» et l’ «auxerrois». Leur prochain challenge est, maintenant, le passage en «Bio».

Évidemment, le guide vous fera voyager avec les vendanges d’antan, le foulage du raisin avant le pressurage mécanique (à 4 hommes ici), la vinification en barrique avant d’aborder les techniques modernes.

En poursuivant notre chemin, au fond de la loge, on remarquera deux alambics qui servaient surtout à distiller de l’alcool à usage médical bien avant que de produire des eaux de vie de fruits car il fallut attendre que les vergers aient remplacé les vignes…

Au sortir de la loge, un appentis abrite de vieux outils mais surtout du matériel de métallerie pour la fabrication des cerclages des tonneaux.

Les vignes pédagogiques, houblonnière, chanvrière, arboretum

L’ancien jardin est traversé et l’on accède au verger qui a été transformé en… vigne pédagogique et arboretum. La vigne est plantée en rangées de taille haute (actuelle) et de taille basse (ancienne), une vigne en foule vient d’être replantée. Une dizaine de rangées présente une collection de cépages anciens et actuels.

De là, se présente le paysage de vallée de Lucey : son ubac et son adret si bien exposé. Les coteaux étaient, autrefois, couverts de vignes des deux côtés avec très peu de forêt sur le plateau -présence de forts militaires oblige-. Maintenant, l’ubac présente une forêt envahissante, peu de vignes, des vergers et… des maisons. Heureusement, la vigne reste prédominante sur le  versant bien exposé : vigne l’Evêque, vigne St Mansuy…

Deux cultures perdurent encore à coté des rangées de vigne : le houblon avec ses hautes perches et le chanvre sur une petite parcelle. La culture de ces plantes pourra être abordée ici et sera reprise dans la suite de la visite.

On ne manquera pas de découvrir, aussi, les pommiers taillés en espalier, les néfliers et autres cognassiers, des arbustes que l’on ne voit plus souvent dans les jardins actuels.

Le houblon

Pour rejoindre l’espace «houblon» du grenier situé au-dessus de la loge, on retraverse celle-ci en remarquant un «cubilot», brûlant du coke, surmonté d’un gros tuyau traversant le plafond du grenier.

L’air chaud alimente une « touraille », une pièce exceptionnelle dans un musée. C’est un séchoir à trois tiroirs permettant de sécher rapidement les cônes (femelles) de houblon après leur récolte à la mi-septembre. C’était bien utile à l’époque où Lucey était un gros producteur de houblon. Fils en acier, matériels de pulvérisation, de plantage de perches, échelle de 10 m impressionnent par leur dimension. Ici, un savoir-faire est entretenu et présenté aux visiteurs qui auront peut-être la nostalgie de cette culture disparue en 1970. Cet arrêt est du à un manque de rentabilité lié au coût de la main d’œuvre (concurrence des pays de l’Est) et, surtout, de la disparition de nombreuses brasseries lorraines (Charmes, Tantonville, Vézelize, St Nicolas-de-Port…).

Mais le «Petit jaune» de Lucey survit encore grâce à l’émergence des micro-brasseries !

Et tous les deux ans – cette année, le 13 septembre 2020 -, c’est la fête du houblon avec cueillette et récolte du houblon, accès libre au musée, balades en calèches, fabrication et dégustation de bières, c’est gratuit (participation libre) et c’est convivial.

A côté de cet espace, le miel – et les abeilles ! – est à l’honneur avec la présentation d’une collection de ruches anciennes et actuelles, de matériel d’extraction et de panneaux didactiques. Le miel, rappelons-le, a été le seul produit sucrant connu bien avant l’invention du sucre de canne ou de betterave.

La production de chanvre

Dans le grenier suivant, au-dessus de l’écurie, l’espace «chanvre» nous attend.

Le chanvre était cultivé sur des parcelles proches du village : les chènevières ou chanvrières (canebière à Marseille…). Cette plante était recherchée pour ses fibres permettant d’obtenir du fil à tisser et surtout fabriquer des cordages si utiles dans les campagnes (et des voiles dans les pays maritimes). Après avoir «roui» (pourri) dans des trous d’eau ou roises (cf le jardin d’eau des Roises), les fagots des plants récoltés sont séchés et ensuite travaillés. Le musée présente les techniques et les matériels utilisés pour en tirer la fibre, c’était un travail particulièrement exténuant et … surtout féminin.

Au-delà du passé, le chanvre est présenté dans ses utilisations modernes et il pourrait redevenir une plante d’avenir grâce à une culture «vertueuse» – sans intrant – et des qualités appréciées. Il intéresse, ainsi, de plus en plus la construction (isolation), en litière animale, la plasturgie (secteur automobile), l’alimentation (huile, cosmétique), voire le textile si sa fibre peut devenir beaucoup plus fine (recherche en cours).

Une animation pédagogique autour du chanvre est proposée, chaque année, aux enfants du primaire.

Les tuileries du Nord Toulois

Un prochain espace, à proximité, sera bientôt dédié aux tuileries du Toulois grâce un don récent d’objets provenant de l’ancienne tuilerie de Trondes : matériels, moules et techniques y seront présentés.

Sur un côté du grenier, accolé à l’ancien «fumoir», apparaît l’ossature imposante de la « flamande », ce puits de lumière éclairant la «pièce du milieu» des maisons lorraines.

Pour observer l’efficacité de la flamande, il faut rejoindre la partie habitation en descendant des escaliers et passer par l’écurie. On y retrouvera l’implantation traditionnelle des pièces, les cheminées, la pierre à eau, l’ancienne alcôve et l’éclairage venu du haut…

Le voyage pourra se terminer par la visite de la cave aménagée en lieu de réception, voire d’exposition. Autrefois en terre battue, c’était le haut lieu de la vinification en barrique. Située sous la belle chambre et une partie de la cuisine, on y accédait par un escalier intérieur et aussi par une porte extérieure.

Le «clap» de fin de visite vient de retentir après 1 h 30 – 2 h de parcours…